Givenchy : qui remplacera Clare Waight Keller ?

Vendredi 10 avril. Séisme sur la planète mode. L’organza et le polyester sont en ébullition. Givenchy annonce qu’elle se sépare de sa directrice artistique star Clare Waight Keller, après trois ans d’excellence (ou presque). La créatrice de la robe de mariée de Meghan Markle tire sa révérence.

Et oui, même le coronavirus ne peut stopper le turn-over infernal des créateurs et des maisons de couture. Cette fois-ci, c’est une nouvelle qu’aucune Madame Irma de la mode n’avait vu venir : Clare Waight Keller s’en va de Givenchy. Trois ans après son arrivée à la tête de la direction artistique, la Britannique qui s’était fait connaître chez Chloé, se fait remercier. Il faut dire que les créations de la designer de 49 ans ont été scrutées à la loupe lors de son arrivée. Elle succédait à Riccardo Tisci (aujourd’hui chez Burberry) qui avait donné un souffle nouveau à ce temple vieillissant. Et malgré de divines prouesses en haute couture et l’élaboration de la robe de mariée de Meghan Markle en 2018, Clare Waight Keller n’a pas réussi à incarner suffisamment la griffe. Des collections de prêt-à-porter très inégales, une identité floue et une inspiration bancale… Bref, la marmelade britannique n’a pas pris.

Touchée par cette décision, la principale intéressée à tenu à s’exprimer dans un communiqué : «En tant que première femme à devenir directrice artistique de cette légendaire maison, je me sens honorée d’avoir eu l’opportunité de chérir son héritage et de lui donner une nouvelle vie, écrit celle qui a fait ses débuts chez Calvin Klein. Se concentrer sur ce monde de la haute couture a été l’un des points forts de mon parcours professionnel. J’ai partagé tant de moments incroyables avec les brillants ateliers et équipes de design de Givenchy: votre talent exceptionnel et votre dévouement resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Mes remerciements les plus sincères vont à chacun des héros et héroïnes méconnus en coulisses, pour leur contribution (..). Sans vous tous, je n’aurais pas pu donner vie à ma vision de Givenchy d’une manière aussi belle.» Clare Waight Keller quitte la maison, avec tout de même un prix de meilleure styliste britannique de l’année dans ses cartons, remis des mains de la duchesse de Sussex en 2018.

Alors qui pour prendre le trône ? Qui aura la gargantuesque tâche de faire vivre la maison après le départ de CWK ? Les paris sont dors-et-déjà lancés alors que Sidney Toledano, PDG du groupe LVMH Fashion , a annoncé que les nouveautés seraient communiquées plus tard. Premier nom à enflammer les rumeurs : Alber Elbaz. L’une des figures les plus respectées des trente dernières années, et indissociable de Lanvin. Près de cinq ans après son départ de celle-ci, le retour d’Alber Elbaz est attendu comme Britney en 2008. Son esthétique raffinée, ses silhouettes ultra-fémines manquent à tous les aficionados du glamour et il serait effectivement un candidat plus que redoutable pour le poste. Autres noms énoncés, Simon Porte Jacquemus et Olivier Rousteing. Qu’on soit clair, si l’un des deux obtient la place de DA de Givenchy, je ferme boutique et m’en vais en Meurthe-et-Moselle gérer une boutique Kiabi. Non pas que je n’aime pas ce qu’ils font… (long silence). Mais ces jeunes pousses de la couture se feraient complètement bouffer par le paquebot qu’est Givenchy. A-t-on vraiment envie de voir des robes en crochet chez Givenchy ? Please, non. Quant à Maria Grazia Chiuri, je prie déjà tous les saints pour qu’elle quitte rapidement Dior, ce ne serait pas pour la retrouver chez Givenchy.

Enfin, un nom évoqué sur le compte Instagram @Veugue m’a fait tilter. Il s’agit de Matthew Williams. Son arrivée serait sérieusement envisagée dans les couloirs de LVMH. Il est le fondateur du label Alyx et directeur artistique de « Haus of Gaga », le collectif d’artistes et de créateurs qui entourent Lady Gaga depuis 2008. On lui doit notamment les looks de scène de la chanteuse entre 2008 et 2010. Aujourd’hui Matthew Williams a 48 ans et s’est fait un nom dans ce petit mondé looké. Il a notamment collaboré avec Kanye West et a été finaliste du prix LVMH en 2016. Son label Alyx voit toutes les sous-cultures s’embrasser, du street à l’esthétique clubbing en passant par le tailoring. Clairement dans l’air du temps. Alors pourrait-il être l’élu de Givenchy ? Rien n’est moins sur, pourtant j’y verrai un signe d’audace et une réelle volonté de la part de la maison de s’offrir un bon lifting. Williams a l’expérience et les épaules nécessaires, mais également la fougue et l’imprévisibilité essentielle pour que Givenchy survive en 2020.

Rien ne va plus, faîtes vos jeux.

La mode va-t-elle survivre au coronavirus ?

La mode est un milieu superficiel. C’est ce que l’on entend, ce que l’on nous rabâche depuis des siècles. Et dans cette bulle Covidienne que nous nous sommes créés depuis le début de la quarantaine, la sentence nous saute aux yeux : la mode pourrait être vouée à disparaître.

«N’achetez que l’essentiel», «ne vous déplacez que pour l’essentiel»… Ce sont les mots du gouvernement depuis qu’on nous a foutus entre quatre murs. Qu’est-ce que l’essentiel ? Manger. Boire. Survivre. On s’éclate. En dehors de ces besoins primitifs, on se rend compte que l’on peut se passer de beaucoup de choses. Oui, j’étais le premier choqué de me rendre compte que je peux vivre sans me commander 100 balles de fringues sur Asos par semaine. Et que la dernière collection de Mugler n’est pas forcément nécessaire à mon équilibre psychique. Quel drame. Une vie basée sur des foutaises.

Emanuele Farneti, rédacteur en chef de l’édition italienne de Vogue, a d’ailleurs parlé de ce phénomène au podcast de Business Of Fashion. « Aurons-nous encore besoin de mode ? Aurons-nous encore besoin d’acheter plus de vêtements ? Est-il toujours judicieux de traverser d’un pays à un autre pour assister à 15 défilés de mode ? Il y a beaucoup de questions et c’est le moment de commencer à discuter. »

Il y aura un avant et un après. C’est sûr. Beaucoup de personnes disent qu’il faut se recentrer sur soi-même en cette période de confinement, afin d’être une meilleure version de soi-même en sortant de cette aventure. Je ne pense pas que ce sera aussi simple. Je pense même d’ailleurs qu’on va tous reprendre très rapidement nos petites habitudes égoïstes. Mais il y aura un changement par rapport aux conséquences, aux dommages de la pandémie. L’industrie de la mode est meurtrie. En France comme en Italie, la majeure partie des sites de production ont fermé. Le temple du chic Chanel a été contraint de fermer ses portes : « Chanel a pris la décision, conformément aux dernières instructions du gouvernement, de fermer progressivement, pour deux semaines, tous ses sites de production en France, en Italie et en Suisse ainsi que ses ateliers de Haute Couture et de prêt-à-porter, d’artisanat et de joaillerie », peut-on lire dans un communiqué. C’est dramatique et pourtant ce n’est rien à côté de la guerre que mènent les équipes médicales contre cette vicieuse Miss Corona.

Les calendriers très stricts (et farfelus) qui régissent la mode seront eux aussi sans dessus-dessous. Ils le sont déjà à vrai dire. Bien sûr, cette saison printemps-été sera abominable. Les marques vont perdre de l’argent à foison. La saison automne-hiver ne sera peut-être pas meilleure dû aux retards de livraisons des collections en boutique. Un calendrier infernal qui pose de sérieuses questions sur l’avenir à long terme de la fast-fashion. Une mode plus éthique, plus localisée en France, serait bien plus solide face à des crises comme l’épidémie de coronavirus.

Mais la mode, ce milieu si pervers, si mesquin, si impitoyable, a su montrer toute sa générosité durant cette période sans précédent. LVMH a été parmi les premiers grandes voix à proclamer sa solidarité avec le milieu hospitalier en réquisitionnant les usines de production de ses grandes marques, dont Dior ou Guerlain, pour fabriquer des gels hydro-alcooliques. Le groupe rival, Kering, s’est joint à l’initiative pour annoncer que les usines de Saint Laurent et Balenciaga se consacreraient à l’élaboration de masques : 1 100 000 masques et 55 000 blouses seraient envoyés aux hôpitaux dans les prochaines semaines. Du jamais vu.

Même constat du côté de la presse féminine. Les éditions françaises et italiennes de Vogue ont mis en ligne gratuitement leur numéros pour les prochains mois afin de contrer l’ennui du confinement. Le magazine ELLE (oui je reste corporate) n’est en reste puisque le prochain numéro rend hommage aux femmes en milieu hospitalier et sera distibué gracieusement dans les hôpitaux, pour les malades et les soignants, et ce pendant toute la durée du confinement.

Qui a dit que la mode était sans coeur ?

Fashion We(a)k

Paris a (enfin) dit bye-bye à ses kilomètres de podiums, ses mannequins aussi talentueux que prétentieux et ses couturiers dantesques. Après une très longue semaine de défilés dans la capitale de la mode, la Fashion Week s’en est allée. Et ça tombe bien car, pour la première fois, je l’ai traitée en long, en large et en coulisses. Epuisante et passionnante Fashion Week, tout ça sur fond de coronavirus fashionisé et mystifié.

Oui, je vous entends déjà : la Fashion Week c’est « tout le temps ». En fait, c’est vrai et c’est faux. Retiens juste que celle qui vient de se terminer était très importante car elle détermine ce que les femmes -et pas que, Dieu merci- vont porter à l’automne-hiver 2020/2021. Je l’attendais avec énormément d’impatience cette fameuse semaine. Comme tu le sais sûrement j’ai fait mon grand retour chez ELLE. Comme Moïse après sa traversée du désert, j’ai retrouvé du travail et… une vie. Qui dit grand magazine dit accréditations pour les défilés. Enfin, je vais pouvoir faire mon travail de journaliste mode. Je vais pouvoir interviewer des designers, juger les collections et écrire des critiques. Bref vivre mon rêve, plus seulement au travers de mon compte Instagram. Mais en vrai.

En une semaine j’ai eu la chance de rencontrer Marine Serre, d’assister à son défilé et de rater mon interview d’elle… Je me suis rattrapé sur le défilé et les backstages de Mugler où Bella Hadid m’a regardé dans les yeux (c’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup). J’ai frétillé de plaisir lors de mon interview de Andreas Konthaler, le mari et directeur artistique de Vivienne Westwood, pour finir en apothéose sur mon entrevue avec Stella McCartney. Un moment hors du temps. Imaginez, la fille de Paul McCartney et créatrice la plus iconique de sa génération qui me parle droit dans les yeux à 3 centimètres de mon visage. J’essayais d’imprimer cet instant dans ma mémoire. Lorsque notre rencontre s’est conclue, je me suis dit que je devais lui adresser un mot personnel. Je lui ai expliqué simplement que lorsque j’étais jeune, je me sentais différent et j’étais victime de harcèlement. Mon seul rêve à cette époque était de devenir journaliste de mode et, entre autres, de l’interviewer. Elle m’a pris dans ses bras, m’a congratulé avec des étoiles dans les yeux et m’a promis que l’on se reverrait. J’en tremblais. C’est pour ces moments absolument inimaginables que j’ai ce métier.

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Assez de pathos pour aujourd’hui, on va essayer de faire une review rapide de cette semaine de la mode parisienne. Qui était faible. Vraiment pas terrible, terrible. Si le défilé punko-napoléonien de Vivienne Westwood m’a conquis, le défilé Dior m’a à nouveau laissé stupéfait d’effroi. Comment peut-on laisser couler ce temple de la couture sans rien faire ? Sûrement pas en écrivant trois pauvres messages féministes sur des tee-shirts vendus à 3000 balles. Ah et au fait, non, « toutes les femmes ne sont pas clitoridiennes », car « toutes les femmes n’ont pas forcément de clitoris, et toutes les personnes qui possèdent un clitoris ne sont pas nécessairement des femmes », comme le dirait si bien Ari de B. #translivesmatter

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L’antre du bling-bling Balmain m’a bluffé, une fois de plus. Entraînée par le phénoménal Olivier Rousteing, la maison a proposé des silhouettes culottées, sulfureuses et recherchées. Et alors que je ne jurais que par Casey Cadwallader pour Mugler la saison dernière, ici, j’ai été déçu. Comme si il avait ressorti la même collection, avec des manches longues pour l’hiver. On veut que ça bouge. On veut que ça provoque, que ça nous coupe le souffle comme chez Balenciaga, que ça nous dilate les pupilles comme chez Givenchy.

Fashion Week faiblarde, mais Fashion Week quand même.

J’ai regardé Next in Fashion sur Netflix

Dimanche soir, une déprime hivernale a surgi telle Maléfique sur le berceau d’Aurore. Une déprime hivernale mêlée à une excitation folle. En effet, dès le lendemain je commençais mon nouveau travail (ou presque) en tant que rédacteur mode et beauté à plein temps chez ELLE. Retour au bercail pour l’enfant du pays et compte en banque plus garni à l’horizon. Toujours est-il que la veille j’avais des papillons dans le ventre et la goutte au nez donc j’ai décidé d’enfin me plonger dans le nouveau programme mode de Netflix : « Next in Fashion ».

Clairement, sur le papier, l’émission est créée pour moi. On se rappelle que j’ai été biberonné aux programmes de mode dont « America’s Next Top Model » par Tyra Banks, « Janice dickinson Modeling Agency » ou en un peu moins glamour et plus franchouillard « Cousu Main » par Cristina Cordula. Ni une, ni deux je m’embarque dans le premier épisode.

Bon clairement le concept est pompé sur « Project Runway » aux USA incarné par l’éternelle Heidi Klum. On est dans le Secret Story de la fringue, c’est en dehors des codes de la mode institutionnelle (mais ça veut quand même se prendre au sérieux) et on adore ça. Le principe est simple. Sur 10 épisodes de 49 minutes, 18 candidats se tirent la bourre pour savoir qui deviendra le prochain Marc Jacobs ou la prochaine Diane Von Furstenberg (pour au final pas tellement percer, on va pas se le cacher). Mais dieu merci, ce ne sont pas des amateurs ou des semi-amateurs qui participent, mais des vraies pointures dans leur domaine qui ont bossé comme couturier-fantôme pour Beyoncé, collaboré avec Stella McCartney, ou habillé Rihanna. Bref des gens assez à l’aise avec du fil et une aiguille. Et ça se voit. Les défilés de fin d’épisode (qui sont le meilleur moment de l’épisode, j’avoue) sont un joli spectacle pour les mirettes. Des pièces certes à peu près fignolées et un style parfois maladroit mais Netflix a mis de l’oseille dans son programme et c’est délicieux.

Le point noir principal de l’émission ? Les animateurs : Tan France, extirpé de l’émission « Queer Eye » et Alexa Chung, it-girl des années 2010 et « « « « créatrice de mode » » » ». Les deux fashionistas sont froids, aussi drôles que ma tante Odette en deuil et ils se prennent au sérieux. Trop au sérieux. Jusqu’au moment où, lors d’un rebondissement que je tairais pour préserver le suspens, Tan France crie en fake larmes : « nous faisons ça pour vous, nous sommes créateurs nous aussi ». Girl ? Vraiment ? Depuis quand ?

Outre cette erreur de casting pour incarner le show, « Next in Fashion » est une sucrerie à regarder au second degré emmitouflé.e dans son plaid à se prendre pour Anna Wintour en front row de défilé. Je conseille. Après tu fais ce que tu veux, je suis personne hein.

Cher enfant terrible de la mode

Jusqu’à hier soir je ne savais pas sur quel sujet j’allais écrire. Je vous avais promis la deuxième partie de mon analyse de la Fashion Week Homme, que j’aurais pu entrelacer à la semaine de la haute couture. Je voulais également écrire sur la mini-catastrophe qu’était le défilé Jacquemus… Et puis en faisant ma review instagram du défilé d’adieu de Jean-Paul Gaultier, j’ai compris. J’ai compris que je devais lui écrire une lettre ouverte. Parler de mon ressenti. De mon amour pour ce monstre de fil et d’aiguille. Et du fait que, plus jamais, je ne pourrai assister à un défilé de ce génie de la mode franchouillarde. Alors, cet écrit vous est destiné Jean-Paul.

En fait, je lui ai déjà rédigé une lettre, le 15 décembre 2017. J’étais rentré depuis deux mois à l’école de journalisme. Encore un peu gauche avec les mots mais avec une volonté insatiable de m’élever vers les cieux de la mode, j’écrivais à celui qui en fin de compte m’avait fait aimer cet art. Tout le monde connaît Jean Paul Gaultier. Comme un grand oncle fantasque que l’on voit à la télé pour Miss France ou chez Michel Drucker, on se sent proche de lui. On se dit que peut-être un jour nous aussi on défilera en marinière revisitée, en corset et seins coniques. On se dit que peut-être il pourrait nous prendre par la main.

Jean-Paul Gaultier m’a tellement inspiré. C’est peut-être idiot et peu original de l’écrire, mais il m’a aidé. Ce qu’il a fait pour la mode française est puissant. C’est beau. C’est du jamais vu. C’est du Gaultier. Je pense à cette publicité de 1995, sur laquelle j’avais réalisé un article, pour son parfum iconique Le Mâle. Un érotisme homosexuel en transpire, en dégouline. On est plongé dans un club gay des nineties, époque où s’embrassent liberté, insouciance et peur du Sida. Un matelot au corps d’Apollon s’immisce dans cette taverne aux mille néons où on semble entendre du Larusso ou du Jimmy Somerville à pleine balle. La caméra zoome sur le cul bombé du petit mousse tandis qu’il se fait mater par tous les autres mecs. Jean-Paul Gaultier m’a mis en accord avec moi-même. Je comprenais, de mon regard d’enfant, que les homosexuels étaient des originaux. Que j’allais être un original. Et ça m’allait complètement. Si je devais être un Jean-Paul Gaultier, c’était ok. Aimer Madonna, Mylène Farmer ou Loana ce n’était plus honteux. Aimer la mode, ce n’était plus honteux. Alors hier soir en voyant ce Poséidon en marinière (ou plutôt en combinaison de pompiste) faire ses adieux, entouré des toutes ses déesses extravagantes venues défiler pour lui une dernière fois, je faisais moi aussi mes adieux à ce grand oncle.

Jean-Paul Gaultier, vous avez révolutionné la mode française. Vous avez bousculé les codes. Chahuté les acquis. Vous l’avez rendue populaire. Accessible. Et même drôle. Si vous avez dit au revoir à la mode, la mode ne vous dit certainement pas au revoir. Vos kilts et vos soutien-gorge futuristes continueront à déranger la bourgeoisie et les codes établis, et pour longtemps. Et moi, je garde l’intense espoir que nos chemins se croisent un jour.

S’il vous plaît, ne quittez pas mes souvenirs.

Matt

BOYS, BOYS, BOYS : Fashion Week Homme Automne/Hiver 2020-2021

Hier soir, j’enquillais les verres de vin avec mes amis rue de Bretagne dans un bar prénommé le Pinardier (je recommande, la femme du patron me paie des vacances à Cannes l’été)… Entre deux discussions et jeux d’alcool (à consommer avec modération, vilaines) je vois passer des créatures de mode. Des silhouettes stylées, au sens propre du terme. Des silhouettes créées spécialement pour ce soir. Evidemment, je percute tout de suite : la Fashion Week a démarré mardi à Paris. Je saute dans mon Uber à 21h30, grève oblige, pour rentrer dans mon morbide 15ème arrondissement. Tout de suite, le chauffeur se met à me demander si c’est bien la semaine de la mode qui se déroule dans la capitale en ce moment (serait-ce mon manteau vert feu de signalisation qui lui aurait mis la puce à l’oreille ?). Je lui réponds qu’en effet, on est en plein dedans et m’engage dans des explications un peu hasardeuses de cet événement qui en touche une sans faire bouger l’autre de ceux qui n’en ont rien à foutre. Je lui explique surtout, que ce n’est pas une Fashion Week lambda puisqu’elle est consacrée aux hommes. A cet instant, je me rends compte que les gens n’en ont pas grand-chose à branler de la mode pour hommes. Moi, le premier. Depuis tout jeune je répète que je ne parlerai que de mode féminine. Trop convenue, trop classique, trop boring, les vêtements de mecs m’ont toujours fait chier à tel point que je délaisse -presque- complètement le rayon homme de Zara pour me trouver des pièces plus excentriques chez les nanas. Après tout, si j’ai envie de voir des mecs défiler en costumes gris trop cintrés, je prends le RER A et je m’assieds sur l’esplanade de la Défense.

Mardi dernier, j’ai donc commencé à faire mes reviews de Fashion Week sur mon compte Instagram (@matthieudeliere pour les retardataires) et ça m’a frappé. J’ai vu la lumière. Tout ce temps, je me suis fourvoyé en ne voulant pas voir la vérité en face : la mode pour mecs est intéressante, en total changement et pleine de surprises. Je vous propose donc de vous faire mon Top et mon Bottom  (les pédés, calmez-vous) des trois premières journées de cette Fashion Week Homme Automne/Hiver 2020-2021. L’aventure commence maintenant.

RAF SIMONS, l’indétrônable

J’ai toujours regardé la mode de Raf Simons de loin. Même quand il était chez Dior, j’avais presque hâte qu’on le remplace. Quelle erreur. Ce défilé m’a donné envie d’aimer l’hiver… Ou de porter de la laine par 40 degrés, peu importe. Ecoutez : les lignes, les coupes, tout ça dans une géométrie si parfaite qu’elle ferait jouir un mathématicien… La rencontre entre ce plastron en vinyle et le manteau en laine… Et puis c’est unisexe. Fille ? Garçon ? Sur le catwalk on s’y perd. Et on s’en fout. C’est ça l’enjeu de la mode de demain, faire tomber ces putains de barrières du genre. Vous l’avez sans doute vu sur mon compte Instagram, mais Raf Simons Automne/Hiver 2020-2021 a récolté l’excellente note de 9/10.

RICK OWENS, fais-moi l’amour

Si il y a un roi de l’anti-establishment dans la mode depuis plus de trente ans, c’est bien sûr Rick Owens. Le créateur américain, figure du minimalisme, a encore frappé. Comment il y arrive-t-il encore quand ses concurrents, même plus jeunes, s’essoufflent de saison en saison ? Le talent, direz-vous. Oui, mais surtout une vision à 360 degrés de ce qu’est la mode en 2020. Pour ce défilé, Rick Owens avait pour mot d’ordre : l’asymétrique. Tout un symbole pour le créateur regardé comme l’ovni de la fashionsphère. Grenouillère ultra moulante avec une jambe nue, épaulettes à en faire pâlir de jalousie Boy George et les formes nouvelles. C’est neuf, ça suscite une réaction, c’est de l’art. Merci d’être encore à contre-courant Rick Owens. 9/10.

Mentions honorables pour la poésie des couleurs de Homme Plissé Issey Miyake, les étoffes de JW Anderson et également pour la vision rock de Marni.

LOUIS VUITTON, la belle endormie

Pas d’énorme déception pour cette Fashion Week à l’heure à laquelle j’écris. Vraiment. Donc je vais juste faire le point sur le défilé Louis Vuitton orchestré par Virgil Abloh, que l’on connaît tous à présent et qui œuvre également à la tête du label -soit-disant- ultra-cool OFF-WHITE. J’ai été le premier à acclamer la venue de cet autodidacte de la mode pour gérer la création homme de Louis Vuitton. Si vous suivez mes petites reviews sur Instagram, il ne vous a pas échappé que je suis littéralement en transe de chaque défilé Louis Vuitton Femme qui sont synonymes d’élégance à la française, de renouvellement et de prise de risque, le tout créé par Nicolas Ghesquière. Mais Virgil Abloh chez Louis Vuitton c’est un pétard mouillé. Beaucoup d’effervescence pour pas grand-chose. Une belle endormie, en effet, puisque la section homme de Louis Vuitton pourrait tellement être fabuleuse si on y allait franchement, entièrement, à corps perdu comme dirait Grégory Lemarchal. Et si on oubliait un peu les contraintes commerciales qui tuent la créativité dans la mode. Ce défilé Automne-Hiver 2020-2021 n’a pas été un fiasco. Loin de là. Il était même plutôt réussi mais j’en espère tellement plus à chaque saison. Peut-être, aussi, que je ne suis pas un homme Louis Vuitton. Allez savoir. 5/10.

La suite de mon décryptage de la Fashion Week Homme, jeudi prochain. En attendant, suivez-moi sur Instagram pour découvrir mes petites analyses chaque jour.

La reine vulgaire

reine (n.f) : Celle qui domine, dirige, conduit et s’impose quelque part.

vulgaire (adjectif) : Qui choque la bienséance par son caractère grossier dans l’expression ou dans le contenu.

Je m’appelle Matthieu. Mes amis m’appellent Matt. J’ai 23 ans. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être journaliste de mode. Parler de mode. Vivre de mode. Vivre mon « Diable s’habille en Prada » fantasy. Un choix de carrière peu classique quand tu viens d’une petite ville de province et que tes parents ne savent à peine orthographier « Lagerfeld » correctement. Mais depuis tout petit je suis à part. Jamais seul, pourtant. Juste pas comme les autres. En fait, pas comme les autres garçons. Je fuis le football comme la peste. Je foule plutôt le parquet des cours de danse pendant quinze ans. Je m’imagine en sixième membre des L5. J’idolâtre -toujours- Benoît et Thomas de Secret Story… Et puis il y a la mode. Cet art qui m’a percuté, bousculé comme il sait parfaitement le faire. On connaît si bien l’adage « l’habit ne fait pas le moine » ; preuve en est dans « Mean Girls » : Cady Heron n’est pas une vraie peste. La mode donne la possibilité d’être qui on veut. D’être enfin qui je veux. Ça paraît complètement bête et superficiel, pourtant un simple apparat peut changer une vie. Libérer une personne et la faire danser vers les lumières les plus brillantes. Dieu a donné la foi à Ophélie Winter, moi il m’a donné l’outfit *tadada*.

Je pense à fonder « reines vulgaires » depuis quelques mois déjà. Le résultat, sans doute, d’une frustration dans mon métier de journaliste et d’un tas de désirs inassouvis. Je fais ce métier depuis un an et demi. Je travaille en freelance pour ELLE, Têtu, Horace, Lacoste… Je suis très chanceux de pouvoir inscrire mon nom sur chacun de ces médias mais on n’est rarement libre de créer ce que l’on veut. Ce nouvel eldorado de la pensée sera donc un hybride blog/magazine/défouloir où je vais vous parler librement de tout ce qui me passe par la tête. De la mode avec un suivi absolument pas objectif des fashion weeks, de la pop culture avec beaucoup de Rihanna et beaucoup -trop- d’Eurovision et enfin de la communauté LGBTQ+ parce que je suis militant en plus d’être un petit con. Ou plutôt une reine vulgaire.