« Pédé », « gouine », « tarlouze » : d’où viennent ces insultes homophobes ?

Le 3 avril 2007, Matteo, un jeune italien de 16 ans, se défenestre en laissant ce message à sa mère: « Maman, ils me traitent de pédé, mais ce n’est pas vrai. » Ce drame est loin d’être isolé. En effet, selon différentes études, les jeunes homosexuels seraient 4 fois plus susceptibles de se suicider que les jeunes hétérosexuels. Au Canada, c’est d’ailleurs la première cause de mortalité chez les hommes homosexuels et bisexuels. Un fléau. « Pédé », « sale gouine », « grosse tarlouze »… Des insultes, presque rentrées dans le langage courant et banalisées, qui emportent encore des vies. Les mots ont un sens et un impact. Il est donc important de réfléchir avant de les employer, même si « c’est pour rire » et même si (ma préférée) : « on ne peut plus rien dire ».

Savez-vous combien de fois a été proférée, sur Twitter, l’insulte « pédé » aujourd’hui jeudi 30 avril 2020 ? 1990 fois, comme le comptabilise le site NoHomophobes.fr (cliquez, ça vaut le coup). Il serait alors intéressant de se pencher sur l’origine de ces mots dégoûtants, de les déconstruire, pour comprendre pourquoi ils sont reliés à la communauté LGBTQ+. Et pourquoi on en souffre encore. Ouvrez vos livres à la page 69, professeur Bobard Deliere va vous faire la classe mes mignons.

On n’est pas des « pédés »

Ce n’est pas pour faire pleurer dans les chaumières, mais d’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours été traité de « pédé ». Ou de ses délicieux dérivés, bien sûr. Avant même que je ne sache précisément ce que ça signifie, je savais que ça m’était destiné. Que ça me décrivait. Et on est nombreux à la sortir quotidiennement cette insulte, hein. « Fais pas ton pédé », « c’est qui ce pédé », « c’est pas un cocktail de pédé » pour reprendre Camille Cottin dans « Connasse ». Et bien « pédé » est une déformation du mot « pédéraste ». C’est un terme qui désignait, à la Grèce Antique, la relation ambiguë qu’entretenaient un homme mûr et un jeune garçon. Ce terme couvrait bien sûr la relation sentimentale et sexuelle, mais également l’éducation. « Pédéraste » n’était en aucun cas une insulte et n’avait pas de connotation négative. C’est au XIXe siècle que le terme se diffuse largement en France, en prenant son sens d’« homosexuel » avec un sous-entendu d’amour pour les jeunes garçons. On est donc sur un pur amalgame entre l’homosexualité masculine et la pédophilie.

Et c’est en 1836 que le ravissant diminutif « pédé » fait sa grande entrée dans le langage courant. Un siècle plus tard, en 1935, son acolyte féminin « pédale » arrive également pour accentuer la négativité du mot. En 1972, c’est encore un autre diminutif qui est créé avec « ped' ». Ces termes auront alors tous le même sens : désigner des choses qui sont une atteinte à la virilité, les manières efféminées et évidemment les rapports entre hommes.

Aujourd’hui « pédé » est évidemment encore une insulte, mais la communauté arc-en-ciel se la réapproprie – comme les autres discriminations orales – comme moyen d’acceptation et de revendication. On peut notamment relever le cas de Kiddy Smile qui, lors de la fête de la musique de l’Elysée, portait avec fierté un tee-shirt : « Fils d’immigré, noir et pédé ».

God save the « gouine »

Nos soeurs lesbiennes et bisexuelles ne sont pas en reste niveau crachats verbaux. Le classique restant « gouine ». Si on retrace son étymologie, on découvre un tout autre sens que celui qu’on lui connaît malheureusement. Attention je vais mettre mes lunettes pour ce qui suit : « gouine » pourrait venir du latin « ganae  » qui désignent les lieux de débauche comme les bordels etc. « Ganeo » référerait, quant à lui, aux hommes qui fréquentent ces endroits sympathiques. Et ça fait sens. La première fois que le mot « gouine » et sa signification péjorative sont révélés dans le « Dictionnaire de l’académie française », c’est en 1762. Ça remonte les copines. On y lit : « GOUINE. Terme d’injure, qui se dit d’une coureuse, d’une femme de mauvaise vie. » La « gouine », à l’origine, est donc une prostituée qui arpente les bordels. C’est vers la fin du XIXème siècle que le mot prend son sens de lesbianisme dans les satires, les représentations littéraires grotesques etc. On peut également y trouver une origine dans le langage régional, notamment en breton puisque « gouhin » signifie « le vagin ». Après, je suis pas prof de lycée quoi.

T’es une « tarlouze » ?

C’est un classique, un peu old-school je dois dire. Mais la « tarlouze » reste un hit dans la bouche des homophobes. Et pour celle-ci, pas besoin de remonter aussi loin que ses confrères et consoeurs. Juste de prendre l’avion, direction le Québec. « Tarlouze » vient du mot québécois « tarla », qui est lui-même tiré d’un mot anglo-saxon : « tarlais ». What does it mean ? « Tarlais » désigne quelqu’un de niais. J’avoue que j’ai eu un fou rire en lisant ça. Par corrélation, le mot « tarlouze » s’est formé et référait ainsi aux hommes jugés faibles, féminins et donc… les homos ! Toujours les mêmes qui trinquent.

N’oubliez simplement jamais que les mots ont un sens. N’oubliez pas que de jeunes oreilles peuvent entendre ce que vous dîtes, et que vos propos pourront avoir des répercussions à vie sur un.e jeune homosexuel.le.

Ce que veulent les confinés : fantasmes de liberté

Déjà plus de trois semaines que la France et la moitié de la planète sont confinées. Chacun chez soi, chacun pour soi. Alors qu’il nous reste encore quelques bonnes semaines à tenir, on rêve déjà de ce que nous offrira la liberté lorsque cette épreuve sera passée. Sortir, oui. Mais pour faire quoi ? Je vous ai posé la question.

Sur mon compte Instagram (@matthieudeliere), j’ai demandé à ma petite communauté ce qu’ils allaient faire lorsque enfin le glas du confinement sonnerait. Oui, plus de trois semaines sans -presque- voir le soleil. J’exagère, mais vous saisissez l’idée. Les fantasmes de l’extérieur se font grands, obsédants, oppressants. Parfois, je ne pense qu’à ça et puis je me rappelle du temps qu’il nous reste encore cloisonnés. La chute. La liberté serait-elle donc la plus addictive des drogues ? Certainement : « Sortir », m’a répondu une amie. C’est concis et plutôt clair. J’ai lu : « Une binche en terrasse », « Aller à la plage », « Faire du skate », « Prendre un verre à la plage et voir un coucher de soleil » (oui, j’ai un latin lover dans mes abonnés) ou encore « Boire une bière dans un parc et sortir un outfit préparé depuis 45 jours »… Pour la petite histoire cette dernière personne avait fait un comas éthylique à mes 18 ans. Que de souvenirs de liberté.

La majeure partie des réponses n’envisagent pas d’immenses projets. Simplement de retrouver son rythme de vie, retrouver ses amis. « Réunir la bande à Bono et boire à tes côtés une bière bien fraîche au Pinardier », s’est exclamé mon meilleur ami. « Danser sa mère », « Boire en terrasse et me promener partout » (décidément l’alcoolisme sera un effet secondaire), « Un restaurant »… Des choses simples. Mais aussi des requêtes plus farfelues.

« Reprendre ma PrEP », « Montrer mon cul partout dans le métro », « Marcher avec allure dans les rues de Paname pour aérer mon esprit et mes nouveaux outfits »… Des Carrie Bradshaw exhibos, on adore. L’appel du sexe est aussi très fort. Ces semaines de chasteté pèsent visiblement sur le moral des troupes. J’ai pu lire : « Danser sur de la musique très forte entourée de mes amis et me taper un BG en rentrant », « Manger des sushis et faire l’amour avec mon mec », « Une énorme orgie »… Ça promet.

Et puis il y a Clémence. Ma meilleure amie, mon tout, mon rien, mon poumon gauche. Je me devais de consacrer un paragraphe à ses réponses. Tout dans la mesure et la proportion. Elle m’écrit premièrement : « Pleurer ». J’imagine tout le drama de cette scène et je ris à n’en plus pouvoir. Elle enchaîne sur une tragédie gréco-romaine : « Voir ma psy », dit-elle désespérée (mais toujours aussi drôle). Puis elle arrive à des choses plus sérieuses : « Retrouver mes amis, fumer des clopes, boire du vin ensemble », « Te faire des câlins, te caresser la nuque » (elle est fétichiste de ma nuque), « Profiter de l’été »…

Ha oui, l’été. L’été loin de tout ça. L’été tous ensemble, à se choper dans un club moite, à courir dans les rues caniculaires de Paris au mois d’août, à rire sur des histoires qu’on raconte pour la 100ème fois. Allez, chaque jour qui passe est un jour de plus vers la liberté (on dirait du Calogéro, j’ai honte).

Sex & The Covid

Jour 3… Ou alors jour 4. Je ne sais plus. En fait moi j’ai commencé mon confinement dès samedi dernier avec juste une sortie à l’école élémentaire du 15ème arrondissement pour voter pour Queen Hidalgo. Sinon, aucune sortie. Rien. On a 23 ans et notre vie là, tout de suite, c’est de rester cloîtrer chez nous. Oui, on n’a jamais sauvé autant de vie qu’en matant pour une 32ème fois l’intégrale de « Glee ».

C’est dingue d’ailleurs comme je n’ai jamais autant eu envie de sortir dehors que depuis qu’on nous l’a déconseillé. Normalement, les dimanches avec ma meilleure amie on a tout le temps la flemme de sortir. Gueule de bois ou non, d’ailleurs. On se fixe toujours 100 000 plans, mais on finit par s’échouer devant le replay de « The Voice ». Je rêve à l’instant d’aller faire une expo, ou même d’aller chercher un colis au point relais. On se fait chier, c’est fou. Je sais maintenant ce que ressentait Amélie Neten lors des dernières semaines dans Secret Story. Quoique, elle au moins elle avait Senna.

Mais je ne suis pas le plus à plaindre. Je travaille, heureusement. J’écris tous les jours pour ELLE. Ça me garde occupé et j’essaie de penser à autre chose comme ça. Quoique… Il faut qu’on essaie de trouver des angles percutants avec le contexte actuel. Parce que clairement parler de la nouvelle collection Zadig & Voltaire ça fera une belle jambe à tout le monde. Alors j’ai eu la brillante (ou la pire) idée de poser la question « Doit-on rester en jogging pendant le confinement ? ». Ça parait, dit comme ça, la question la plus superficielle du monde. Pourtant c’est une interrogation pour moi, en premier lieu. Est-ce que je dois m’habiller, même si je ne vais pas au travail ? La réponse est oui. D’ailleurs l’article a fait le buzz, mais je suppose que les gens ne l’ont en majorité pas lu (alors qu’il était vraiment super).

J’étais plutôt très content quand on nous a annoncé que l’on ne venait pas au travail vendredi dernier. Le télétravail ça veut dire 1h30 de sommeil en plus sans parcourir les couloirs puant de pisse de Saint-Lazare. Vous voulez que je vous dise ? Le joueur d’accordéon de la ligne 12 me manque. Mais on s’y fait et je tente alors de divertir les gens (et moi-même surtout) à coup d’articles un peu rigolo et de reviews sur mon compte Instagram. Mais tout paraît en suspend. Comme si moi j’étais mis au placard, qu’on me faisait une farce et que le monde marchait tout normalement. C’est vraiment bizarre comme sensation.

J’ai jamais autant eu envie de faire des dates aussi. A tous mes rendez-vous Tinder à qui je n’ai pas re-proposé de second verre, je vous demande de me pardonner. J’étais dans l’ignorance. Avec mes collègues on rigole aussi sur le syndrome de « la dickpic en période de confinement ». Le sexting est tout ce qu’il nous reste, alors autant se faire plaisir. Je pense d’ailleurs que je les répertorierai dans un album souvenir, comme ceux datant de la guerre.

Et puis mes amis me manquent. Le beau temps me rend encore plus nostalgique. J’ai follement envie de me caler en terrasse, lunettes de soleil sur le nez, une blonde entre les lèvres, à refaire le monde comme si notre avis avait un quelconque impact. Peut-être qu’en ressortant de cette aventure (oui je suis vraiment dans le thème téléréalité), on profitera dix fois plus des instants partagés ensemble. En tout cas, j’en rêve.

Voilà, c’était mon moment Carrie Bradshaw en quarantaine. Oh tiens, si je refaisais toutes les saisons ?

Sexualité gay : mêle-toi de ton cul

La sexualité « des hommes qui aiment les hommes » est encore en proie à de nombreux clichés. Des idées rétrogrades entretenues parfois par les protagonistes eux-mêmes. Actif, passif, fem, masc4masc, virilité abusive… Ces termes et ces idéologies sont la gangrène de la communauté LGBTQI+. Il faut faire exploser ces codes, et vite.

Il y a quelques jours, on m’a dit que j’étais viril. J’ai explosé de rire. Littéralement. Je pense à une blague, qu’on se fout de ma pomme. La personne me regarde droit dans mes petites billes bleues et me demande pourquoi je ris. Toute ma vie je me suis considéré comme l’opposé d’un homme viril. La société m’a fait comprendre que je ne correspondais pas à ces critères archaïques et primitifs. A commencer par mon physique : une silhouette plus proche de celle de Kate Moss que de Channing Tatum, 3 grammes de muscles, les cheveux péroxydés, les yeux maquillés. On est loin du bûcheron de l’année. Pourtant avec le temps (et bon coming-out) je m’accepte, intérieurement et extérieurement.  Et puis a-t-on déjà vu quelque chose de plus subjectif (et toxique) que la virilité ?

Mais un truc cloche. Pendant les premières années de ma vie sexuelle je ne suis pas à l’aise. Pas à l’aise avec le rôle dans lequel on m’enferme. J’en tire, pratiquement, aucun plaisir. C’est à ce moment où l’on arrive au problème du fameux (et facheux) modèle actif/passif. Une hérésie qui nous vient tout droit de la société joyeusement hétéronormée et patriarcale. Vous savez, lorsque votre oncle raciste et homophobe s’exclame, accompagné d’un rire bien gras, en voyant deux tapettes passer : « C’est lequel qui fait la femme ? ». Tonton Roger sous-entend en fait : « C’est lequel qui se la prend dans le fion ? ».

Cette idée, j’ai été baigné dedans. Je ne me suis jamais posé la question en fait, le choix ne s’est même jamais présenté à moi. Matthieu, tu es efféminé, tu seras passif. Comme une sentence irrévocable, je me suis convaincu que c’était fait pour moi. Jusqu’à un point de non-retour où j’ai réussi à ouvrir les yeux et aller au-delà de l’image que j’avais de moi. Et que les autres avaient de moi. Et je me suis ensuite demandé si ce n’était pas tout ce modèle rétrograde de passif/actif qui était complètement obsolète.

En lisant un article du magazine Têtu qui expliquait que selon une étude américaine seul un tiers des hommes gays et bis avaient pratiqué la sodomie lors de leur dernier rapport sexuel, j’ai fait tilt. Il n’y a aucune règle. Aucun modèle unique. Rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir. Dans le même article, on peut lire une analyse de Sébastien Chauvin, sociologue, qui explique comment les codes sont dynamités : « L’émergence de la figure du ‘passif viril’ au cours des dernières décennies montre que les choses changent, analyse Sébastien Chauvin. La pénétration anale n’est plus nécessairement pensée à l’intérieur d’une polarité masculin-féminin. » Il faudrait, alors, se débarrasser complètement de ces qualificatifs dépassés et inutiles. Un simple « donneur/récepteur » ou « pénétrant/pénétré » ? Aujourd’hui, rassurez-vous je suis plus épanoui que jamais.

Les règles changent. Notre génération repense les modèles que le vieux monde a établi. Les lignes bougent jusqu’à ce que chacun puisse être enfin libre à 100% dans sa sexualité.

Après tout, c’est quand même dramatique qu’au sein d’une communauté aussi progressiste et en marge que la nôtre, on reste dépendant des codes réactionnaires de nos congénères hétérosexuels.

L’amour et le plaisir n’ont aucune norme. Alors soyons beaux, soyons libres, soyons nous.