Pourquoi nous allons perdre l’Eurovision, sans même se battre

Vendredi 14 février. Je scrolle mon fil d’actualité sur Twitter. Entre deux memes de Fred des Anges, je tombe sur un audio avec la tête de celui qui est depuis quelques jours mon pire ennemi annoncé : Tom Leeb. Wow, ça y est on est sur le point de découvrir la chanson qui va enfin nous représenter le 16 mai prochain (lendemain de mon anniversaire, n’est-ce pas un signe ?) à Rotterdam, aux Pays-Bas.

Ce genre de mini-événement peut paraître anecdotique pour le commun de mortels. Pour moi, c’est aussi important qu’une élection présidentielle. Je suis un obsédé de l’Eurovision. Un détraqué qui écoute en boucles les chansons de ce concours que les pauvres d’esprit qualifient encore de « kitsch ». Peu importe, je pardonne les ignorants. Toujours est-il que depuis des années, l’Eurovision aka le plus grand show musical au monde est si important que je peux ghoster délibérément mes potes pour pouvoir regarder. #storytime

Il faut savoir que lorsque j’ai appris que l’artiste sélectionné d’office par France 2 était Tom Leeb j’ai cru faire un malaise vagal. Depuis deux ans, la chaîne organisait un concours télévisé baptisé très justement « Destination Eurovision », qui nous a permis d’envoyer nous représenter deux petits bijoux : Madame Monsieur avec leur ôde »Mercy » et Bilal Hassani, avec son hymne à l’acceptation « Roi ». L’émission a été annulée pour fautes d’audiences. Et qui pour succéder à l’icône de mes nuits ? Tom Leeb, fils de Michel Leeb, humoriste à l’humour plus de douteux. C’en est trop pour moi. J’ai l’impression qu’on me chasse de ma propre maison. Panique.

Le mal étant fait, Je décide donc EVIDEMMENT de mettre play sur la vidéo pour confirmer mon avis négatif sur ce choix. Le titre s’appelle « The best in me », et déjà ça n’annonce rien de glorieux. Le Pascal Nègre qui sommeille en moi a vu juste. Un titre plat. Poussif à mort. Sans saveur. Sans message, ni conviction. Aucun refrain réel, et la voix inexistante et faussement éraillée de Tom Leeb ne sauve même pas le peu qui serait comestible. Clairement, on dirait un single de gagnant de X Factor qu’on oubliera deux semaines après sa sortie. Bienvenue en 2008. Ici, vous pouvez le dire : c’est ringard. Voici ce qui se passe quand on confie l’Eurovision entre les mains d’hétérosexuels…

Je ne comprends pas la volonté de France Télévisions de représenter la France avec ce titre. Tout le monde sait que ce genre de power ballad livide se classe dans le bottom 10, en bas du tableau. C’était le cas pour le britannique Michael Rice avec « Bigger than us », qui avait le mérite d’être même plus entraînement que notre daube tricolore.

L’avis général des twittos est d’ailleurs du même acabit que le mien et la position de Tom Leeb dans les prévisions des bookmakers ne s’y trompent pas : il est actuellement 25ème sur 41 pays. Belle perf’.

Pour conjurer ce sort il faudrait alors réaliser un « revamp » du single, c’est à dire une version améliorée ou remixée, quelques jours avant la deadline le 9 mars. Aucune chance, donc. Tant pis, on fera mieux l’année prochaine…

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J’ai regardé Next in Fashion sur Netflix

Dimanche soir, une déprime hivernale a surgi telle Maléfique sur le berceau d’Aurore. Une déprime hivernale mêlée à une excitation folle. En effet, dès le lendemain je commençais mon nouveau travail (ou presque) en tant que rédacteur mode et beauté à plein temps chez ELLE. Retour au bercail pour l’enfant du pays et compte en banque plus garni à l’horizon. Toujours est-il que la veille j’avais des papillons dans le ventre et la goutte au nez donc j’ai décidé d’enfin me plonger dans le nouveau programme mode de Netflix : « Next in Fashion ».

Clairement, sur le papier, l’émission est créée pour moi. On se rappelle que j’ai été biberonné aux programmes de mode dont « America’s Next Top Model » par Tyra Banks, « Janice dickinson Modeling Agency » ou en un peu moins glamour et plus franchouillard « Cousu Main » par Cristina Cordula. Ni une, ni deux je m’embarque dans le premier épisode.

Bon clairement le concept est pompé sur « Project Runway » aux USA incarné par l’éternelle Heidi Klum. On est dans le Secret Story de la fringue, c’est en dehors des codes de la mode institutionnelle (mais ça veut quand même se prendre au sérieux) et on adore ça. Le principe est simple. Sur 10 épisodes de 49 minutes, 18 candidats se tirent la bourre pour savoir qui deviendra le prochain Marc Jacobs ou la prochaine Diane Von Furstenberg (pour au final pas tellement percer, on va pas se le cacher). Mais dieu merci, ce ne sont pas des amateurs ou des semi-amateurs qui participent, mais des vraies pointures dans leur domaine qui ont bossé comme couturier-fantôme pour Beyoncé, collaboré avec Stella McCartney, ou habillé Rihanna. Bref des gens assez à l’aise avec du fil et une aiguille. Et ça se voit. Les défilés de fin d’épisode (qui sont le meilleur moment de l’épisode, j’avoue) sont un joli spectacle pour les mirettes. Des pièces certes à peu près fignolées et un style parfois maladroit mais Netflix a mis de l’oseille dans son programme et c’est délicieux.

Le point noir principal de l’émission ? Les animateurs : Tan France, extirpé de l’émission « Queer Eye » et Alexa Chung, it-girl des années 2010 et « « « « créatrice de mode » » » ». Les deux fashionistas sont froids, aussi drôles que ma tante Odette en deuil et ils se prennent au sérieux. Trop au sérieux. Jusqu’au moment où, lors d’un rebondissement que je tairais pour préserver le suspens, Tan France crie en fake larmes : « nous faisons ça pour vous, nous sommes créateurs nous aussi ». Girl ? Vraiment ? Depuis quand ?

Outre cette erreur de casting pour incarner le show, « Next in Fashion » est une sucrerie à regarder au second degré emmitouflé.e dans son plaid à se prendre pour Anna Wintour en front row de défilé. Je conseille. Après tu fais ce que tu veux, je suis personne hein.

Sexualité gay : mêle-toi de ton cul

La sexualité « des hommes qui aiment les hommes » est encore en proie à de nombreux clichés. Des idées rétrogrades entretenues parfois par les protagonistes eux-mêmes. Actif, passif, fem, masc4masc, virilité abusive… Ces termes et ces idéologies sont la gangrène de la communauté LGBTQI+. Il faut faire exploser ces codes, et vite.

Il y a quelques jours, on m’a dit que j’étais viril. J’ai explosé de rire. Littéralement. Je pense à une blague, qu’on se fout de ma pomme. La personne me regarde droit dans mes petites billes bleues et me demande pourquoi je ris. Toute ma vie je me suis considéré comme l’opposé d’un homme viril. La société m’a fait comprendre que je ne correspondais pas à ces critères archaïques et primitifs. A commencer par mon physique : une silhouette plus proche de celle de Kate Moss que de Channing Tatum, 3 grammes de muscles, les cheveux péroxydés, les yeux maquillés. On est loin du bûcheron de l’année. Pourtant avec le temps (et bon coming-out) je m’accepte, intérieurement et extérieurement.  Et puis a-t-on déjà vu quelque chose de plus subjectif (et toxique) que la virilité ?

Mais un truc cloche. Pendant les premières années de ma vie sexuelle je ne suis pas à l’aise. Pas à l’aise avec le rôle dans lequel on m’enferme. J’en tire, pratiquement, aucun plaisir. C’est à ce moment où l’on arrive au problème du fameux (et facheux) modèle actif/passif. Une hérésie qui nous vient tout droit de la société joyeusement hétéronormée et patriarcale. Vous savez, lorsque votre oncle raciste et homophobe s’exclame, accompagné d’un rire bien gras, en voyant deux tapettes passer : « C’est lequel qui fait la femme ? ». Tonton Roger sous-entend en fait : « C’est lequel qui se la prend dans le fion ? ».

Cette idée, j’ai été baigné dedans. Je ne me suis jamais posé la question en fait, le choix ne s’est même jamais présenté à moi. Matthieu, tu es efféminé, tu seras passif. Comme une sentence irrévocable, je me suis convaincu que c’était fait pour moi. Jusqu’à un point de non-retour où j’ai réussi à ouvrir les yeux et aller au-delà de l’image que j’avais de moi. Et que les autres avaient de moi. Et je me suis ensuite demandé si ce n’était pas tout ce modèle rétrograde de passif/actif qui était complètement obsolète.

En lisant un article du magazine Têtu qui expliquait que selon une étude américaine seul un tiers des hommes gays et bis avaient pratiqué la sodomie lors de leur dernier rapport sexuel, j’ai fait tilt. Il n’y a aucune règle. Aucun modèle unique. Rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir. Dans le même article, on peut lire une analyse de Sébastien Chauvin, sociologue, qui explique comment les codes sont dynamités : « L’émergence de la figure du ‘passif viril’ au cours des dernières décennies montre que les choses changent, analyse Sébastien Chauvin. La pénétration anale n’est plus nécessairement pensée à l’intérieur d’une polarité masculin-féminin. » Il faudrait, alors, se débarrasser complètement de ces qualificatifs dépassés et inutiles. Un simple « donneur/récepteur » ou « pénétrant/pénétré » ? Aujourd’hui, rassurez-vous je suis plus épanoui que jamais.

Les règles changent. Notre génération repense les modèles que le vieux monde a établi. Les lignes bougent jusqu’à ce que chacun puisse être enfin libre à 100% dans sa sexualité.

Après tout, c’est quand même dramatique qu’au sein d’une communauté aussi progressiste et en marge que la nôtre, on reste dépendant des codes réactionnaires de nos congénères hétérosexuels.

L’amour et le plaisir n’ont aucune norme. Alors soyons beaux, soyons libres, soyons nous.

Cher enfant terrible de la mode

Jusqu’à hier soir je ne savais pas sur quel sujet j’allais écrire. Je vous avais promis la deuxième partie de mon analyse de la Fashion Week Homme, que j’aurais pu entrelacer à la semaine de la haute couture. Je voulais également écrire sur la mini-catastrophe qu’était le défilé Jacquemus… Et puis en faisant ma review instagram du défilé d’adieu de Jean-Paul Gaultier, j’ai compris. J’ai compris que je devais lui écrire une lettre ouverte. Parler de mon ressenti. De mon amour pour ce monstre de fil et d’aiguille. Et du fait que, plus jamais, je ne pourrai assister à un défilé de ce génie de la mode franchouillarde. Alors, cet écrit vous est destiné Jean-Paul.

En fait, je lui ai déjà rédigé une lettre, le 15 décembre 2017. J’étais rentré depuis deux mois à l’école de journalisme. Encore un peu gauche avec les mots mais avec une volonté insatiable de m’élever vers les cieux de la mode, j’écrivais à celui qui en fin de compte m’avait fait aimer cet art. Tout le monde connaît Jean Paul Gaultier. Comme un grand oncle fantasque que l’on voit à la télé pour Miss France ou chez Michel Drucker, on se sent proche de lui. On se dit que peut-être un jour nous aussi on défilera en marinière revisitée, en corset et seins coniques. On se dit que peut-être il pourrait nous prendre par la main.

Jean-Paul Gaultier m’a tellement inspiré. C’est peut-être idiot et peu original de l’écrire, mais il m’a aidé. Ce qu’il a fait pour la mode française est puissant. C’est beau. C’est du jamais vu. C’est du Gaultier. Je pense à cette publicité de 1995, sur laquelle j’avais réalisé un article, pour son parfum iconique Le Mâle. Un érotisme homosexuel en transpire, en dégouline. On est plongé dans un club gay des nineties, époque où s’embrassent liberté, insouciance et peur du Sida. Un matelot au corps d’Apollon s’immisce dans cette taverne aux mille néons où on semble entendre du Larusso ou du Jimmy Somerville à pleine balle. La caméra zoome sur le cul bombé du petit mousse tandis qu’il se fait mater par tous les autres mecs. Jean-Paul Gaultier m’a mis en accord avec moi-même. Je comprenais, de mon regard d’enfant, que les homosexuels étaient des originaux. Que j’allais être un original. Et ça m’allait complètement. Si je devais être un Jean-Paul Gaultier, c’était ok. Aimer Madonna, Mylène Farmer ou Loana ce n’était plus honteux. Aimer la mode, ce n’était plus honteux. Alors hier soir en voyant ce Poséidon en marinière (ou plutôt en combinaison de pompiste) faire ses adieux, entouré des toutes ses déesses extravagantes venues défiler pour lui une dernière fois, je faisais moi aussi mes adieux à ce grand oncle.

Jean-Paul Gaultier, vous avez révolutionné la mode française. Vous avez bousculé les codes. Chahuté les acquis. Vous l’avez rendue populaire. Accessible. Et même drôle. Si vous avez dit au revoir à la mode, la mode ne vous dit certainement pas au revoir. Vos kilts et vos soutien-gorge futuristes continueront à déranger la bourgeoisie et les codes établis, et pour longtemps. Et moi, je garde l’intense espoir que nos chemins se croisent un jour.

S’il vous plaît, ne quittez pas mes souvenirs.

Matt

BOYS, BOYS, BOYS : Fashion Week Homme Automne/Hiver 2020-2021

Hier soir, j’enquillais les verres de vin avec mes amis rue de Bretagne dans un bar prénommé le Pinardier (je recommande, la femme du patron me paie des vacances à Cannes l’été)… Entre deux discussions et jeux d’alcool (à consommer avec modération, vilaines) je vois passer des créatures de mode. Des silhouettes stylées, au sens propre du terme. Des silhouettes créées spécialement pour ce soir. Evidemment, je percute tout de suite : la Fashion Week a démarré mardi à Paris. Je saute dans mon Uber à 21h30, grève oblige, pour rentrer dans mon morbide 15ème arrondissement. Tout de suite, le chauffeur se met à me demander si c’est bien la semaine de la mode qui se déroule dans la capitale en ce moment (serait-ce mon manteau vert feu de signalisation qui lui aurait mis la puce à l’oreille ?). Je lui réponds qu’en effet, on est en plein dedans et m’engage dans des explications un peu hasardeuses de cet événement qui en touche une sans faire bouger l’autre de ceux qui n’en ont rien à foutre. Je lui explique surtout, que ce n’est pas une Fashion Week lambda puisqu’elle est consacrée aux hommes. A cet instant, je me rends compte que les gens n’en ont pas grand-chose à branler de la mode pour hommes. Moi, le premier. Depuis tout jeune je répète que je ne parlerai que de mode féminine. Trop convenue, trop classique, trop boring, les vêtements de mecs m’ont toujours fait chier à tel point que je délaisse -presque- complètement le rayon homme de Zara pour me trouver des pièces plus excentriques chez les nanas. Après tout, si j’ai envie de voir des mecs défiler en costumes gris trop cintrés, je prends le RER A et je m’assieds sur l’esplanade de la Défense.

Mardi dernier, j’ai donc commencé à faire mes reviews de Fashion Week sur mon compte Instagram (@matthieudeliere pour les retardataires) et ça m’a frappé. J’ai vu la lumière. Tout ce temps, je me suis fourvoyé en ne voulant pas voir la vérité en face : la mode pour mecs est intéressante, en total changement et pleine de surprises. Je vous propose donc de vous faire mon Top et mon Bottom  (les pédés, calmez-vous) des trois premières journées de cette Fashion Week Homme Automne/Hiver 2020-2021. L’aventure commence maintenant.

RAF SIMONS, l’indétrônable

J’ai toujours regardé la mode de Raf Simons de loin. Même quand il était chez Dior, j’avais presque hâte qu’on le remplace. Quelle erreur. Ce défilé m’a donné envie d’aimer l’hiver… Ou de porter de la laine par 40 degrés, peu importe. Ecoutez : les lignes, les coupes, tout ça dans une géométrie si parfaite qu’elle ferait jouir un mathématicien… La rencontre entre ce plastron en vinyle et le manteau en laine… Et puis c’est unisexe. Fille ? Garçon ? Sur le catwalk on s’y perd. Et on s’en fout. C’est ça l’enjeu de la mode de demain, faire tomber ces putains de barrières du genre. Vous l’avez sans doute vu sur mon compte Instagram, mais Raf Simons Automne/Hiver 2020-2021 a récolté l’excellente note de 9/10.

RICK OWENS, fais-moi l’amour

Si il y a un roi de l’anti-establishment dans la mode depuis plus de trente ans, c’est bien sûr Rick Owens. Le créateur américain, figure du minimalisme, a encore frappé. Comment il y arrive-t-il encore quand ses concurrents, même plus jeunes, s’essoufflent de saison en saison ? Le talent, direz-vous. Oui, mais surtout une vision à 360 degrés de ce qu’est la mode en 2020. Pour ce défilé, Rick Owens avait pour mot d’ordre : l’asymétrique. Tout un symbole pour le créateur regardé comme l’ovni de la fashionsphère. Grenouillère ultra moulante avec une jambe nue, épaulettes à en faire pâlir de jalousie Boy George et les formes nouvelles. C’est neuf, ça suscite une réaction, c’est de l’art. Merci d’être encore à contre-courant Rick Owens. 9/10.

Mentions honorables pour la poésie des couleurs de Homme Plissé Issey Miyake, les étoffes de JW Anderson et également pour la vision rock de Marni.

LOUIS VUITTON, la belle endormie

Pas d’énorme déception pour cette Fashion Week à l’heure à laquelle j’écris. Vraiment. Donc je vais juste faire le point sur le défilé Louis Vuitton orchestré par Virgil Abloh, que l’on connaît tous à présent et qui œuvre également à la tête du label -soit-disant- ultra-cool OFF-WHITE. J’ai été le premier à acclamer la venue de cet autodidacte de la mode pour gérer la création homme de Louis Vuitton. Si vous suivez mes petites reviews sur Instagram, il ne vous a pas échappé que je suis littéralement en transe de chaque défilé Louis Vuitton Femme qui sont synonymes d’élégance à la française, de renouvellement et de prise de risque, le tout créé par Nicolas Ghesquière. Mais Virgil Abloh chez Louis Vuitton c’est un pétard mouillé. Beaucoup d’effervescence pour pas grand-chose. Une belle endormie, en effet, puisque la section homme de Louis Vuitton pourrait tellement être fabuleuse si on y allait franchement, entièrement, à corps perdu comme dirait Grégory Lemarchal. Et si on oubliait un peu les contraintes commerciales qui tuent la créativité dans la mode. Ce défilé Automne-Hiver 2020-2021 n’a pas été un fiasco. Loin de là. Il était même plutôt réussi mais j’en espère tellement plus à chaque saison. Peut-être, aussi, que je ne suis pas un homme Louis Vuitton. Allez savoir. 5/10.

La suite de mon décryptage de la Fashion Week Homme, jeudi prochain. En attendant, suivez-moi sur Instagram pour découvrir mes petites analyses chaque jour.

La reine vulgaire

reine (n.f) : Celle qui domine, dirige, conduit et s’impose quelque part.

vulgaire (adjectif) : Qui choque la bienséance par son caractère grossier dans l’expression ou dans le contenu.

Je m’appelle Matthieu. Mes amis m’appellent Matt. J’ai 23 ans. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être journaliste de mode. Parler de mode. Vivre de mode. Vivre mon « Diable s’habille en Prada » fantasy. Un choix de carrière peu classique quand tu viens d’une petite ville de province et que tes parents ne savent à peine orthographier « Lagerfeld » correctement. Mais depuis tout petit je suis à part. Jamais seul, pourtant. Juste pas comme les autres. En fait, pas comme les autres garçons. Je fuis le football comme la peste. Je foule plutôt le parquet des cours de danse pendant quinze ans. Je m’imagine en sixième membre des L5. J’idolâtre -toujours- Benoît et Thomas de Secret Story… Et puis il y a la mode. Cet art qui m’a percuté, bousculé comme il sait parfaitement le faire. On connaît si bien l’adage « l’habit ne fait pas le moine » ; preuve en est dans « Mean Girls » : Cady Heron n’est pas une vraie peste. La mode donne la possibilité d’être qui on veut. D’être enfin qui je veux. Ça paraît complètement bête et superficiel, pourtant un simple apparat peut changer une vie. Libérer une personne et la faire danser vers les lumières les plus brillantes. Dieu a donné la foi à Ophélie Winter, moi il m’a donné l’outfit *tadada*.

Je pense à fonder « reines vulgaires » depuis quelques mois déjà. Le résultat, sans doute, d’une frustration dans mon métier de journaliste et d’un tas de désirs inassouvis. Je fais ce métier depuis un an et demi. Je travaille en freelance pour ELLE, Têtu, Horace, Lacoste… Je suis très chanceux de pouvoir inscrire mon nom sur chacun de ces médias mais on n’est rarement libre de créer ce que l’on veut. Ce nouvel eldorado de la pensée sera donc un hybride blog/magazine/défouloir où je vais vous parler librement de tout ce qui me passe par la tête. De la mode avec un suivi absolument pas objectif des fashion weeks, de la pop culture avec beaucoup de Rihanna et beaucoup -trop- d’Eurovision et enfin de la communauté LGBTQ+ parce que je suis militant en plus d’être un petit con. Ou plutôt une reine vulgaire.