La mode va-t-elle survivre au coronavirus ?

La mode est un milieu superficiel. C’est ce que l’on entend, ce que l’on nous rabâche depuis des siècles. Et dans cette bulle Covidienne que nous nous sommes créés depuis le début de la quarantaine, la sentence nous saute aux yeux : la mode pourrait être vouée à disparaître.

«N’achetez que l’essentiel», «ne vous déplacez que pour l’essentiel»… Ce sont les mots du gouvernement depuis qu’on nous a foutus entre quatre murs. Qu’est-ce que l’essentiel ? Manger. Boire. Survivre. On s’éclate. En dehors de ces besoins primitifs, on se rend compte que l’on peut se passer de beaucoup de choses. Oui, j’étais le premier choqué de me rendre compte que je peux vivre sans me commander 100 balles de fringues sur Asos par semaine. Et que la dernière collection de Mugler n’est pas forcément nécessaire à mon équilibre psychique. Quel drame. Une vie basée sur des foutaises.

Emanuele Farneti, rédacteur en chef de l’édition italienne de Vogue, a d’ailleurs parlé de ce phénomène au podcast de Business Of Fashion. « Aurons-nous encore besoin de mode ? Aurons-nous encore besoin d’acheter plus de vêtements ? Est-il toujours judicieux de traverser d’un pays à un autre pour assister à 15 défilés de mode ? Il y a beaucoup de questions et c’est le moment de commencer à discuter. »

Il y aura un avant et un après. C’est sûr. Beaucoup de personnes disent qu’il faut se recentrer sur soi-même en cette période de confinement, afin d’être une meilleure version de soi-même en sortant de cette aventure. Je ne pense pas que ce sera aussi simple. Je pense même d’ailleurs qu’on va tous reprendre très rapidement nos petites habitudes égoïstes. Mais il y aura un changement par rapport aux conséquences, aux dommages de la pandémie. L’industrie de la mode est meurtrie. En France comme en Italie, la majeure partie des sites de production ont fermé. Le temple du chic Chanel a été contraint de fermer ses portes : « Chanel a pris la décision, conformément aux dernières instructions du gouvernement, de fermer progressivement, pour deux semaines, tous ses sites de production en France, en Italie et en Suisse ainsi que ses ateliers de Haute Couture et de prêt-à-porter, d’artisanat et de joaillerie », peut-on lire dans un communiqué. C’est dramatique et pourtant ce n’est rien à côté de la guerre que mènent les équipes médicales contre cette vicieuse Miss Corona.

Les calendriers très stricts (et farfelus) qui régissent la mode seront eux aussi sans dessus-dessous. Ils le sont déjà à vrai dire. Bien sûr, cette saison printemps-été sera abominable. Les marques vont perdre de l’argent à foison. La saison automne-hiver ne sera peut-être pas meilleure dû aux retards de livraisons des collections en boutique. Un calendrier infernal qui pose de sérieuses questions sur l’avenir à long terme de la fast-fashion. Une mode plus éthique, plus localisée en France, serait bien plus solide face à des crises comme l’épidémie de coronavirus.

Mais la mode, ce milieu si pervers, si mesquin, si impitoyable, a su montrer toute sa générosité durant cette période sans précédent. LVMH a été parmi les premiers grandes voix à proclamer sa solidarité avec le milieu hospitalier en réquisitionnant les usines de production de ses grandes marques, dont Dior ou Guerlain, pour fabriquer des gels hydro-alcooliques. Le groupe rival, Kering, s’est joint à l’initiative pour annoncer que les usines de Saint Laurent et Balenciaga se consacreraient à l’élaboration de masques : 1 100 000 masques et 55 000 blouses seraient envoyés aux hôpitaux dans les prochaines semaines. Du jamais vu.

Même constat du côté de la presse féminine. Les éditions françaises et italiennes de Vogue ont mis en ligne gratuitement leur numéros pour les prochains mois afin de contrer l’ennui du confinement. Le magazine ELLE (oui je reste corporate) n’est en reste puisque le prochain numéro rend hommage aux femmes en milieu hospitalier et sera distibué gracieusement dans les hôpitaux, pour les malades et les soignants, et ce pendant toute la durée du confinement.

Qui a dit que la mode était sans coeur ?

J’ai regardé Next in Fashion sur Netflix

Dimanche soir, une déprime hivernale a surgi telle Maléfique sur le berceau d’Aurore. Une déprime hivernale mêlée à une excitation folle. En effet, dès le lendemain je commençais mon nouveau travail (ou presque) en tant que rédacteur mode et beauté à plein temps chez ELLE. Retour au bercail pour l’enfant du pays et compte en banque plus garni à l’horizon. Toujours est-il que la veille j’avais des papillons dans le ventre et la goutte au nez donc j’ai décidé d’enfin me plonger dans le nouveau programme mode de Netflix : « Next in Fashion ».

Clairement, sur le papier, l’émission est créée pour moi. On se rappelle que j’ai été biberonné aux programmes de mode dont « America’s Next Top Model » par Tyra Banks, « Janice dickinson Modeling Agency » ou en un peu moins glamour et plus franchouillard « Cousu Main » par Cristina Cordula. Ni une, ni deux je m’embarque dans le premier épisode.

Bon clairement le concept est pompé sur « Project Runway » aux USA incarné par l’éternelle Heidi Klum. On est dans le Secret Story de la fringue, c’est en dehors des codes de la mode institutionnelle (mais ça veut quand même se prendre au sérieux) et on adore ça. Le principe est simple. Sur 10 épisodes de 49 minutes, 18 candidats se tirent la bourre pour savoir qui deviendra le prochain Marc Jacobs ou la prochaine Diane Von Furstenberg (pour au final pas tellement percer, on va pas se le cacher). Mais dieu merci, ce ne sont pas des amateurs ou des semi-amateurs qui participent, mais des vraies pointures dans leur domaine qui ont bossé comme couturier-fantôme pour Beyoncé, collaboré avec Stella McCartney, ou habillé Rihanna. Bref des gens assez à l’aise avec du fil et une aiguille. Et ça se voit. Les défilés de fin d’épisode (qui sont le meilleur moment de l’épisode, j’avoue) sont un joli spectacle pour les mirettes. Des pièces certes à peu près fignolées et un style parfois maladroit mais Netflix a mis de l’oseille dans son programme et c’est délicieux.

Le point noir principal de l’émission ? Les animateurs : Tan France, extirpé de l’émission « Queer Eye » et Alexa Chung, it-girl des années 2010 et « « « « créatrice de mode » » » ». Les deux fashionistas sont froids, aussi drôles que ma tante Odette en deuil et ils se prennent au sérieux. Trop au sérieux. Jusqu’au moment où, lors d’un rebondissement que je tairais pour préserver le suspens, Tan France crie en fake larmes : « nous faisons ça pour vous, nous sommes créateurs nous aussi ». Girl ? Vraiment ? Depuis quand ?

Outre cette erreur de casting pour incarner le show, « Next in Fashion » est une sucrerie à regarder au second degré emmitouflé.e dans son plaid à se prendre pour Anna Wintour en front row de défilé. Je conseille. Après tu fais ce que tu veux, je suis personne hein.

BOYS, BOYS, BOYS : Fashion Week Homme Automne/Hiver 2020-2021

Hier soir, j’enquillais les verres de vin avec mes amis rue de Bretagne dans un bar prénommé le Pinardier (je recommande, la femme du patron me paie des vacances à Cannes l’été)… Entre deux discussions et jeux d’alcool (à consommer avec modération, vilaines) je vois passer des créatures de mode. Des silhouettes stylées, au sens propre du terme. Des silhouettes créées spécialement pour ce soir. Evidemment, je percute tout de suite : la Fashion Week a démarré mardi à Paris. Je saute dans mon Uber à 21h30, grève oblige, pour rentrer dans mon morbide 15ème arrondissement. Tout de suite, le chauffeur se met à me demander si c’est bien la semaine de la mode qui se déroule dans la capitale en ce moment (serait-ce mon manteau vert feu de signalisation qui lui aurait mis la puce à l’oreille ?). Je lui réponds qu’en effet, on est en plein dedans et m’engage dans des explications un peu hasardeuses de cet événement qui en touche une sans faire bouger l’autre de ceux qui n’en ont rien à foutre. Je lui explique surtout, que ce n’est pas une Fashion Week lambda puisqu’elle est consacrée aux hommes. A cet instant, je me rends compte que les gens n’en ont pas grand-chose à branler de la mode pour hommes. Moi, le premier. Depuis tout jeune je répète que je ne parlerai que de mode féminine. Trop convenue, trop classique, trop boring, les vêtements de mecs m’ont toujours fait chier à tel point que je délaisse -presque- complètement le rayon homme de Zara pour me trouver des pièces plus excentriques chez les nanas. Après tout, si j’ai envie de voir des mecs défiler en costumes gris trop cintrés, je prends le RER A et je m’assieds sur l’esplanade de la Défense.

Mardi dernier, j’ai donc commencé à faire mes reviews de Fashion Week sur mon compte Instagram (@matthieudeliere pour les retardataires) et ça m’a frappé. J’ai vu la lumière. Tout ce temps, je me suis fourvoyé en ne voulant pas voir la vérité en face : la mode pour mecs est intéressante, en total changement et pleine de surprises. Je vous propose donc de vous faire mon Top et mon Bottom  (les pédés, calmez-vous) des trois premières journées de cette Fashion Week Homme Automne/Hiver 2020-2021. L’aventure commence maintenant.

RAF SIMONS, l’indétrônable

J’ai toujours regardé la mode de Raf Simons de loin. Même quand il était chez Dior, j’avais presque hâte qu’on le remplace. Quelle erreur. Ce défilé m’a donné envie d’aimer l’hiver… Ou de porter de la laine par 40 degrés, peu importe. Ecoutez : les lignes, les coupes, tout ça dans une géométrie si parfaite qu’elle ferait jouir un mathématicien… La rencontre entre ce plastron en vinyle et le manteau en laine… Et puis c’est unisexe. Fille ? Garçon ? Sur le catwalk on s’y perd. Et on s’en fout. C’est ça l’enjeu de la mode de demain, faire tomber ces putains de barrières du genre. Vous l’avez sans doute vu sur mon compte Instagram, mais Raf Simons Automne/Hiver 2020-2021 a récolté l’excellente note de 9/10.

RICK OWENS, fais-moi l’amour

Si il y a un roi de l’anti-establishment dans la mode depuis plus de trente ans, c’est bien sûr Rick Owens. Le créateur américain, figure du minimalisme, a encore frappé. Comment il y arrive-t-il encore quand ses concurrents, même plus jeunes, s’essoufflent de saison en saison ? Le talent, direz-vous. Oui, mais surtout une vision à 360 degrés de ce qu’est la mode en 2020. Pour ce défilé, Rick Owens avait pour mot d’ordre : l’asymétrique. Tout un symbole pour le créateur regardé comme l’ovni de la fashionsphère. Grenouillère ultra moulante avec une jambe nue, épaulettes à en faire pâlir de jalousie Boy George et les formes nouvelles. C’est neuf, ça suscite une réaction, c’est de l’art. Merci d’être encore à contre-courant Rick Owens. 9/10.

Mentions honorables pour la poésie des couleurs de Homme Plissé Issey Miyake, les étoffes de JW Anderson et également pour la vision rock de Marni.

LOUIS VUITTON, la belle endormie

Pas d’énorme déception pour cette Fashion Week à l’heure à laquelle j’écris. Vraiment. Donc je vais juste faire le point sur le défilé Louis Vuitton orchestré par Virgil Abloh, que l’on connaît tous à présent et qui œuvre également à la tête du label -soit-disant- ultra-cool OFF-WHITE. J’ai été le premier à acclamer la venue de cet autodidacte de la mode pour gérer la création homme de Louis Vuitton. Si vous suivez mes petites reviews sur Instagram, il ne vous a pas échappé que je suis littéralement en transe de chaque défilé Louis Vuitton Femme qui sont synonymes d’élégance à la française, de renouvellement et de prise de risque, le tout créé par Nicolas Ghesquière. Mais Virgil Abloh chez Louis Vuitton c’est un pétard mouillé. Beaucoup d’effervescence pour pas grand-chose. Une belle endormie, en effet, puisque la section homme de Louis Vuitton pourrait tellement être fabuleuse si on y allait franchement, entièrement, à corps perdu comme dirait Grégory Lemarchal. Et si on oubliait un peu les contraintes commerciales qui tuent la créativité dans la mode. Ce défilé Automne-Hiver 2020-2021 n’a pas été un fiasco. Loin de là. Il était même plutôt réussi mais j’en espère tellement plus à chaque saison. Peut-être, aussi, que je ne suis pas un homme Louis Vuitton. Allez savoir. 5/10.

La suite de mon décryptage de la Fashion Week Homme, jeudi prochain. En attendant, suivez-moi sur Instagram pour découvrir mes petites analyses chaque jour.