Julia : que vaut le premier album de la nouvelle protégée de Mylène Farmer ?

Elle est jeune, mutine mais possède une voix déjà affirmée et impeccable. Julia vient de sortir son premier album baptisé « Passe… comme tu sais ». Julia est la nouvelle petite protégée de madame Mylène Farmer. Vulgairement, on pourrait dire que Julia est la nouvelle Alizée. Entre mélodies farmeriennes, textes à double sens et silhouette ingénue, la jeune femme de 18 ans compte s’imposer avec son seul prénom.

L’aventure Julia commence il y a cinq ans. Devant son téléviseur, Mylène Farmer voit la toute jeune Julia, âgée de 13 ans, qui s’égosille sur « I will always love you » de Whitney Houston dans le télé-crochet « The Voice Kids » (oui Mylène regarde « The Voice Kids » c’est bon à savoir). Trois ans plus tard, pour fêter les 30 ans du tube « Pourvu qu’elles soient douces », l’icône dévoilait S.E.X.T.O produit par Laurent Boutonnat -son complice de toujours- et écrit par elle-même. On découvre alors une adolescente blonde au cheveux trop longs et aux yeux perçants, les lèvres mordues. Instantanément, on reconnaît la patte, les paroles ambiguës de la rousse mystérieuse et les sonorités de Laurent Boutonnat. Mais instantanément, on ne peut s’empêcher de celle qui a été repérée dans « Graines de Stars » de la même manière, vingt ans plus tôt : Alizée.

Julia, un copié-collé d’Alizée ?

Autant le dire, à peine j’avais fini ma première écoute de S.E.X.T.O en 2018 que le titre était déjà dans ma playlist. C’est un retour aux sons 90s/2000 qui tombe à pic lors d’un regain d’intérêt pour ces décennies dorées. Des synthés, des gimmicks « ba di dou di da » et un refrain dance léger qui ne se prend pas la tête. Les paroles sont quant à elles bien plus osées, avec parfois une double lecture : « Shot de tequila c’est moi / Au dévergondage, pas de règle pas d’âge ». Cette recette d’une mélodie pop acidulée, de paroles coquines chantées par une jeune fille en fleur a déjà été payante en 2000 pour Alizée qui faisait l’analogie entre le sexe et les gourmandises. Sur ce point, oui, Julia ne se détache pas beaucoup des sentiers déjà bien battus par la légende d’Alizée. Les fans de Farmer s’en donnent d’ailleurs à cœur joie pour comparer la brune aux cheveux courts et la blonde aux cheveux longs, surtout quand celle qui est aujourd’hui maman de deux filles vient créer la chorégraphie de celle qui prend sa relève.

Il faudra alors attendre le second single #mesuistrompée puis l’excellent « Passe… comme tu sais », sortis en 2019, pour se rendre pleinement compte du potentiel qu’offre Julia. Sa voix très mature, presque grave mais à la fois angélique, envoûte sur les mélodies magistralement précises de Laurent Bouttonat. Au fil des mois, Julia grandit physiquement et artistiquement pour finir par dévoiler le dernier single d’avant sortie de l’album, intitulé « Et toi mon amour ». Une chanson dans laquelle elle s’affirme, prend les rennes de la relation qu’elle vit, sur un son de guitare sèche et entraînant. Bien sûr on reconnaît ce qui a fait le succès de celles qui sont passées avant elle -et d’ailleurs tant mieux- mais l’univers de Julia se dessine méticuleusement pour aboutir sur le premier petit bijou qu’est « Passe… comme tu sais », son album.

Un bon album, mais pas de tube

Confinement oblige, le premier album de Julia a été décalé de quelques semaines. C’est donc le 19 juin que le grand public a pu découvrir ce que mijotaient la jeune chanteuse parrainée par Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. Autant dire que j’ai saigné les 4 premiers singles et que j’avais hâte de comprendre l’histoire de cet album. Première écoute, le temps d’un trajet en vélib’ du 15ème à République. C’est bon, c’est étonnant, c’est kitsch parfois (ce qui est loin d’être une insulte) mais il manque quelque chose. Peut-être un refrain plus fort ? Peut-être une mélodie plus entêtante ? Pourtant « Baptême de l’air » -qui ne parle évidemment pas d’un voyage en avion- a tout d’un futur tube en puissance si elle est accompagnée d’un bon clip, idem pour « Même pas mal » ou le mignon « 9 vies ». Les balades, quant à elles, sont peut-être la vraie force de l’album. « My lonely day » est délicat, « La vie coule » est une bouffée d’air frais et « Mon héritage » gagne en puissance au fil des écoutes.

Je donnerais, alors, la note de 7/10 à ce premier album. Peut-être jeune (et en même temps Alizée n’avait que 16 ans lors de « Moi… Lolita ») et un peu quelconque, il gagnerait à être promu en télévision. Parce que oui, le réel problème de cet album c’est sa promotion désastreuse : inexistante. Ce qui fait que le nombre de vues des vidéos de la jeune fille reste au ras des pâquerettes quand elle pourrait bénéficier de l’aura de Mylène Farmer. Peut-être cela viendra. Laissons-lui du temps.

Cher enfant terrible de la mode

Jusqu’à hier soir je ne savais pas sur quel sujet j’allais écrire. Je vous avais promis la deuxième partie de mon analyse de la Fashion Week Homme, que j’aurais pu entrelacer à la semaine de la haute couture. Je voulais également écrire sur la mini-catastrophe qu’était le défilé Jacquemus… Et puis en faisant ma review instagram du défilé d’adieu de Jean-Paul Gaultier, j’ai compris. J’ai compris que je devais lui écrire une lettre ouverte. Parler de mon ressenti. De mon amour pour ce monstre de fil et d’aiguille. Et du fait que, plus jamais, je ne pourrai assister à un défilé de ce génie de la mode franchouillarde. Alors, cet écrit vous est destiné Jean-Paul.

En fait, je lui ai déjà rédigé une lettre, le 15 décembre 2017. J’étais rentré depuis deux mois à l’école de journalisme. Encore un peu gauche avec les mots mais avec une volonté insatiable de m’élever vers les cieux de la mode, j’écrivais à celui qui en fin de compte m’avait fait aimer cet art. Tout le monde connaît Jean Paul Gaultier. Comme un grand oncle fantasque que l’on voit à la télé pour Miss France ou chez Michel Drucker, on se sent proche de lui. On se dit que peut-être un jour nous aussi on défilera en marinière revisitée, en corset et seins coniques. On se dit que peut-être il pourrait nous prendre par la main.

Jean-Paul Gaultier m’a tellement inspiré. C’est peut-être idiot et peu original de l’écrire, mais il m’a aidé. Ce qu’il a fait pour la mode française est puissant. C’est beau. C’est du jamais vu. C’est du Gaultier. Je pense à cette publicité de 1995, sur laquelle j’avais réalisé un article, pour son parfum iconique Le Mâle. Un érotisme homosexuel en transpire, en dégouline. On est plongé dans un club gay des nineties, époque où s’embrassent liberté, insouciance et peur du Sida. Un matelot au corps d’Apollon s’immisce dans cette taverne aux mille néons où on semble entendre du Larusso ou du Jimmy Somerville à pleine balle. La caméra zoome sur le cul bombé du petit mousse tandis qu’il se fait mater par tous les autres mecs. Jean-Paul Gaultier m’a mis en accord avec moi-même. Je comprenais, de mon regard d’enfant, que les homosexuels étaient des originaux. Que j’allais être un original. Et ça m’allait complètement. Si je devais être un Jean-Paul Gaultier, c’était ok. Aimer Madonna, Mylène Farmer ou Loana ce n’était plus honteux. Aimer la mode, ce n’était plus honteux. Alors hier soir en voyant ce Poséidon en marinière (ou plutôt en combinaison de pompiste) faire ses adieux, entouré des toutes ses déesses extravagantes venues défiler pour lui une dernière fois, je faisais moi aussi mes adieux à ce grand oncle.

Jean-Paul Gaultier, vous avez révolutionné la mode française. Vous avez bousculé les codes. Chahuté les acquis. Vous l’avez rendue populaire. Accessible. Et même drôle. Si vous avez dit au revoir à la mode, la mode ne vous dit certainement pas au revoir. Vos kilts et vos soutien-gorge futuristes continueront à déranger la bourgeoisie et les codes établis, et pour longtemps. Et moi, je garde l’intense espoir que nos chemins se croisent un jour.

S’il vous plaît, ne quittez pas mes souvenirs.

Matt